Pour créer se munir d'un bol vide à remplir

Pour créer se munir d'un bol vide à remplir

un bol romain vide

Portrait de peintre en forme d’autoportrait.

La peinture ne se choisit pas elle vient un jour comme la mer va au marin ou l’écriture à celui qui doit écrire. C’est une sorte de nécessité qui s’impose au fil des jours, des semaines voir des années. Après coup les autres disent :  « bien sûr toute petite déjà … », mais ce ne sont pas les autres qui choisissent pour le peintre. C’est quelque chose entre le silence, la couleur, la forme et le temps qui prend corps. Parce qu’en fait la peinture existe par elle-même au plus profond du peintre, comme la poésie dans le coeur du poète.

Un bouillonnement d’images entremêlées et cachées qui se bousculent parfois pour arriver sur la toile. Au début, il y a une forme de plaisir pour le jeu de la découverte, chaque page blanche est le terrain d’une aventure. Puis arrive un temps où le peintre sent parfaitement que c’est la nature qui le saisit, que la peinture, avec un grand P est ailleurs. Monet disait quelque chose comme : « à travers le paysage c’est à la recherche d’un autre paysage plus absolu vers lequel je tends ».

A force de remettre au quotidien sans cesse l’exercice de peindre, avec en soi cette nécessité profondément vissée, émerge un jour cette réalité propre au créateur : L’image qu’il recherche est à l’intérieur, nourrit de toutes les images extérieures, du soleil qui réchauffe ou du froid de l’hiver, du bruit des bourgeons qui éclatent au printemps ou de l’eau de mer qui remplit les oreilles lorsque l’homme se prend pour poisson….

Patiemment et le plus possible de paix au cœur, l’artiste se remet en marche pour cueillir sa récolte. Il découvre une à une les images comme un aventurier découvre de nouveaux horizons. Certaines fois il entre dans une veine, comme une strate qui n’attendrait que sa venue pour être exploitée, à d’autres moments, ce sont de petits électrons libres et isolés qui arrivent et se couchent sur le papier par l’intermédiaire de la gravure ou du monotype. Ainsi gardant toujours entre ses doigts le fil d’Ariane qui est le sien, sans bien chercher à tout comprendre il va son bonhomme de chemin. Juste derrière lui, comme son ombre, le facteur temps prend des notes pour écrire l’histoire. Le peintre s’en amuse, son cœur est resté « enfant », et les histoires il aime çà !

Maryse Grousson Décembre 2000